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Après l’attentat à Arras, comment expliquer l’inexplicable aux élèves ? Les enseignants craignent ce moment

Ça se passe près de chez vous. Ce lundi, les professeurs échangeront ensemble avant de retrouver les élèves. Certains enseignants redoutent le moment. Vont-ils trouver les mots pour expliquer l'inexplicable ? Témoignages.

Après l’attentat à Arras, comment expliquer l’inexplicable aux élèves ? Les enseignants craignent ce moment
Les Arrageois ont déposé des fleurs au pied du beffroi pour rendre hommage aux victimes de l'attentat perpétré le 13 octobre au lycée Gambetta à Arras - Géraud Lefebvre

Deux jours après l’attentat du lycée Gambetta qui a couté la vie à Dominique Bernard et fait deux blessés graves, parents d’élèves et professeurs continuent à se poser des questions. Après une première réunion avec les organisations syndicales vendredi soir, Gabriel Attal a annoncé toute une série de mesures le lendemain depuis La Sorbonne. Ce lundi 16 octobre, les cours seront annulés jusqu’à 10h dans les collèges et les lycées. Les professeurs reprendront ce lundi à 8h. Le créneau de 8h à 10h sera dédié à « un temps humain et pédagogique » au sein des équipes éducatives.

Un accueil minimal sera assuré pour les élèves qui n’ont pas d’autres choix que d’emprunter les transports en commun. La région Hauts-de-France confirme le maintien des transports scolaires aux horaires habituels ce lundi. À 14h, tous les établissements scolaires observeront une minute de silence en hommage à Dominique Bernard. Dans les écoles primaires, le ministre précise que ce temps « d’hommage et de recueillement pourra prendre une autre forme pour tenir compte de l’âge des élèves. » Des cellules de soutien vont être ouvertes dans chaque académie.

Les enseignants appréhendent ce moment

« Et à Arras, pourquoi les élèves devraient débuter les cours à 8h et non 10h ? » Telle est la requête lancée par le syndicat SNIUPP-FSU du Nord-Pas-de-Calais au ministère de l’Education nationale. « Sur les 22 écoles élémentaires et maternelles de l’Arrageois, il n’y a pas ce temps qui est prévu nous fait-on savoir », déplore Catherine Piecuch, secrétaire académique du syndicat dans les deux départements. Présente lors du rassemblement citoyen à Arras qui a rassemblé près de 7 000 personnes ce dimanche matin sur la Place des Héros, elle « demande solennellement à ce qu’un temps supplémentaire puisse être prévu dans les établissements partout où il le sera nécessaire pour permettre aux équipes de faire leur deuil. » Elle ajoute : « Nous avons bataillé pour avoir ces deux heures de discussion mais nous avons le sentiment que les enseignants du premier degré ne sont pas respectés dans leur deuil. »

Des professeurs présents au rassemblement ce dimanche à Arras

Des professeurs de la région ont décidé de prendre la route pour rendre hommage à leur collègue. C’est le cas de David qui enseigne dans l’Audomarois, mais aussi de Cécile qui est professeur à Béthune. Ils expliquent. « On est uni face à ce drame. C’est notre place, on est professeur on se sent concerné. Nous avons besoin de nous recueillir. Pour le moment, je ne sais pas comment je vais parler avec mes élèves demain. Après la mort de Samuel Paty, on avait souffert d’être seul devant nos classes. J’appréhende la journée de demain. » 

Cette journée de demain s’annonce particulière puisqu’un double hommage sera rendu dans les établissements : pour Dominique Bernard mais également pour Samuel Paty, décédé le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine en Île-de-France. « Nous avons eu 15 jours pour réfléchir après l’assassinat de Samuel Paty à l’époque du drame. Là, tout se fait en quelques jours », déplore Alexandra Dehouck, membre de la SNUIPP-FSU du Pas-De-Calais et professeur à Sains-en-Gohelle en CP. « Nous regrettons que le ministre de l’Education nationale prenne des décisions pour le second degré mais pas pour le premier degré. Nos élèves n’ont pas le même âge mais c’est toute la communauté éducative qui est touchée. Ce sera donc, encore une fois, aux enseignants de gérer la situation. On est assuré de sa confiance mais nous manquons de temps pour rassurer du mieux possible les familles et les élèves », déplore-t-elle.

De nombreux témoignages d’enseignants convergent en ce sens. Beaucoup d’entre eux regrettent les différences de décisions entre les écoles et les autres établissements scolaires. C'était déjà le cas ce samedi lors d'un moment de recueillement devant le lycée Gambetta. Aurélie, comme d’autres professeurs devront prendre la parole et accueillir les élèves pour discuter de ce qu’il s’est passé. « Je suis professeur en maternelle (à Loos-en-Gohelle, ndlr). Je m’attends peut-être à ce que les enfants aient entendu des choses parce qu’à la maison, on entend la télé, on entend la radio. Je suis plus dans l’optique de laisser venir, de voir si j’entends quelque chose, d’écouter les enfants. Et ensuite d’éventuellement de démêler un peu les choses. Mon mari est aussi professeur, avec des élèves plus âgés, on n’a pas vraiment préparé notre intervention lundi. Je pense que l’essentiel ce sera d’écouter ce qui va être dit. D’accepter le fait que certains ne parleront pas ou peut-être plus tard. Juste être là pour les écouter. »

Des craintes à tous niveaux

Alexandre Dehouck est en pleine réflexion. Dans quelques heures, elle sera devant ces élèves. Comment va-t-elle parler de ce drame ? Que se passera-t-il ? Elle s’explique : « Nous enseignants en école maternelle et en école primaire, nous appréhendons cette journée de lundi. Quelles seront les questions des parents ? Peut-être qu’ils seront inquiets à cause des événements mais aussi à cause de ce qui pourra être dit en classe. Nous devons aussi gérer nos propres inquiétudes. Nous pensons à nos collègues d’Arras, l’un des nôtres est tombé et les autres sont à l’hôpital. Le discours ne sera pas le même devant les CP ou devant les CM1/CM2. Comment expliquer l’inexplicable aux élèves ? C’est l’inquiétude qui domine à ce jour. Notre but va être de les rassurer et de les écouter. Nos élèves auront peut-être vu des images tandis que d’autres auront été préservés. Il faudra alors répondre à tout le monde sans générer plus d’angoisse. Les enseignants auront une lourde responsabilité pour prendre en charge les élèves. »

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