Les syndicats UFAP UNSa et FO Justice a appelé ce dimanche 18 janvier à une mobilisation nationale des personnels pénitentiaires ce lundi après deux agressions graves survenues ces derniers jours dans des établissements du sud de la France. Béthune fait partie de la mobilisation, et pour John Cousin, secrétaire UFAP-UNSa Justice à Béthune, c'est aussi l'occasion de faire la lumière sur plusieurs dysfonctionnements dans la maison d'arrêt de la ville.
Vous évoquez une situation de surpopulation « intenable » à la prison de Béthune, comment cela se traduit-il en chiffres ?
Dans la maison d'arrêt de Béthune, et c'est également le cas sur le territoire national, nous observons une surpopulation carcérale qui augmente sans arrêt. Il y a 24 000 détenus en trop en France, et dans l'établissement de Béthune, nous avons 381 détenus pour 177 places actuellement, ce qui signifie que les cellules sont occupées à plus de 215%. En sachant que nous avons de plus en plus de profils à problèmes psychiatriques que nous ne pouvons pas gérer.
Ces détenus aux troubles psychiatriques, s’agit-il de détenus violents ?
Oui. Ce sont des détenus, comme on a pu le voir récemment dans le sud de la France, qui peuvent être extrêmement violents et imprévisibles. Ils se trouvent sur des étages où nous avons entre 80 et 100 détenus à gérer, nous ne pouvons pas les isoler ni nous en occuper correctement. À l’heure actuelle, à Béthune, nous sommes parfois obligés de faire des ouvertures à deux agents et de les accompagner sur tous les mouvements, alors même qu’il manque 4 000 agents pénitentiaires au niveau national, dont 300 rien que dans le Nord-Pas-de-Calais.
Gérald Darmanin a annoncé la dotation en bombes incapacitantes pour l’ensemble des surveillants. Est-ce une mesure qui correspond à vos demandes ?
Non. Selon moi, la bombe incapacitante n’est pas utile parce que l’agression est directe, et la bombe ne permet pas de réagir face à ça. Elle est portée à la ceinture et nous n’avons pas le temps de la sortir pour réagir. Ce que nous réclamons, c’est le binômage : travailler à deux, avec des équipes mobiles à l’intérieur des établissements, capables d’intervenir lors des ouvertures de cellule par exemple, ou lors des fouilles. Il faudrait donc couvrir les postes manquants, et recruter davantage.
Autre sujet, celui des jets de colis : 800 000 euros d'investissements ont récemment été réalisés par l’État pour lutter contre ce fléau à Béthune. Sont-ils suffisants ?
Les investissements ont permis de réduire les jets de colis classiques, mais désormais, les missileurs [les lanceurs de colis, ndlr] utilisent des drones. Il faudrait donc investir dans des systèmes anti-drones. Près de Dijon, des collègues ont retrouvé une arme de poing livrée par drone dans la cour, à destination des détenus, équipée d’un chargeur et de munitions. On retrouve aussi des scies à métaux pour scier les barreaux, des couteaux...
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